Chronique sur l'acheminement de l'huile d'olive.

Publié le 9 Mai 2013

  Rappel des étapes pour acheminer l'huile d'olive jusqu'en France:

Abu Brahim, l'agent en transit de Ramallah traite les formalités administratives avec les douanes israeliennes et la compagnie maritime (britannique).

Les palettes sont acheminées d'Awarta (près de Naplouse) au point de passage pour les marchandises d'Ephraim au nord ouest de la Cisjordanie.

Les palettes sont alors déchargées pour passer d'un camion à plaques d'immatriculation verte (palestinienne) à un camion à plaque jaune (israélienne), la marchandise est alors contrôlée par l'armée israélienne.

Puis le camion se dirige vers le port de Haifa.
 Les palettes seront alors déchargées du camion, placées alors dans un container après avoir été contrôlées une nouvelle fois. 

Une fois le container chargé dans le navire de la compagnie Borchard, il faudra attendre environ une semaine après son départ pour qu'il arrive à Fos ou Marseille.

Notre transitaire Christophe fera alors les formalités de douanes, le container sera alors enlevé sur le port par notre ami Alain avec qui nous travaillons depuis 10 ans, et il nous les portera à Rodez où les palettes seront déchargées dans notre entrepôt."

  olivier

 

Récit du voyage de notre container

avril 2008

 

L’histoire commence le 16 avril 2008, à 22h, dans la ville d’Hébron. Notre fournisseur de céramique, Nader Al Tamimi, s’est chargé de la préparation du container : la mise sur palette de l’huile, du zaatar, du maftoul, des chaussures Naboly et de ses productions de céramiques. Une fois le camion chargé, le chauffeur, Mohammed prend la direction du terminal de Tarqumiya. « Ils appellent ça un terminal, mais ça n’est rien d’autre qu’un check point, un de plus, et les palestiniens doivent apprendre à vivre avec », nous déclare Mohammed.


Les 10 tonnes de marchandises du Philistin


Tarqumiya est un village situé à 20 km au sud-ouest d’Hébron, près de la ligne verte et de la frontière entre la Cisjordanie et Israël. C’est aussi le point le plus proche de la bande de Gaza et du port israélien d’Ashdod. En tant que point de passage particulièrement sensible, aucun mouvement de container n’est autorisé depuis 6 mois, les camions venant de Cisjordanie vident leurs marchandises et un autre camion, propriétaire d’une plaque d’immatriculation israélienne récupère le chargement. C’est la même règle dans l’autre sens. En général, le mouvement des marchandises à Tarqumiya est lent, cher et non coordonné. En arrivant au check point, Mohammed s’apprête alors à commencer toute une série de procédures, ceci après avoir attendu son tour pendant près de 10 heures. En effet le terminal n’ouvre qu’à 6 heures du matin, les camions s’alignent à l’entrée depuis minuit pour avoir la chance de passer dans les premiers.

Mohammed ne passera qu’à 9 heures. A son arrivée, il est demandé à Mohammed d’enregistrer son nom à la réception et d’attendre que le chauffeur arabo-israélien de l’autre côté ait fait de même. Il subit ensuite une fouille corporelle et peut parfois avoir à se déshabiller entièrement. C’est au tour du camion de passer ensuite dans le scanner, cependant, notre camion transportant de la nourriture, il doit subir aussi une autre fouille manuelle. Mohammed subit alors quelques pressions de la part des soldats qui refusent de faire passer de l’huile d’olive de Palestine en Israël, il faudra quelques coups de fils pour que les soldats comprennent que le container est destiné à l’export et non au marché israélien. Les marchandises sont ensuite toutes descendues du camion et rechargées dans le camion du nouveau chauffeur qui vient du côté israélien, Khaled, accompagné de son collègue Iad.

 

Iad et Khaled

 

Khaled nous explique que les fouilles étant faites à l’extérieur, certains cartons peuvent être endommagés, si il pleut par exemple, ce qui ne gêne pas du tout les soldats d’après ses dires. « Nous perdrons beaucoup de temps ici, ce qui nous
empêche de faire une deuxième livraison dans la journée, et ainsi de gagner correctement nos vies, c’est à chaque passage, une humiliation de plus. De même, ces check points, en ralentissant le passage des containers, endommagent
sérieusement l’économie palestinienne, mais l’on sait tous que c’est exactement ce qu’ils recherchent ».


Le check point de Tarqumiya

Le camion et ses deux chauffeurs quittent finalement le terminal à 11h30 à destination du port de Ashdod, situé à 60 km. Les routes du côté israélien sont nettement mieux entretenues : pas de nid de poule, autoroutes, lignes blanches, etc... En trois quarts d’heure, le camion est à destination, malheureusement, du fait du retard pris au check-up de Tarqumiya, les chauffeurs arrivent à l’heure du déjeuner et doivent attendre 13h30 pour commencer une autre série de procédures avant de pouvoir décharger leur cargaison. Une fois les ouvriers revenus, Khaled et Iad espèrent passer rapidement, étant les premiers sur la file d’attente. Ils savent pourtant que ce ne sera pas le cas. La sécurité du port décide de faire passer d’abord tous les chauffeurs israéliens, reconnaissable à leur kippa, faisant preuve ainsi d’un racisme déclaré : « Nous sommes habitués à ce genre de choses, chaque venue au port est encore une autre humiliation. Ils ne fouillent presque pas les camions israéliens, ceux par contre qui ont un chauffeur arabe doivent subir le même contrôle que celui déjà réalisé au check point. On préfère ne rien dire, cela empirerait les choses ». Au bout de trois quart d’heure, un contrôleur vient poser quelques questions et semble énervé en voyant l’adresse de destination : France Import Palestine. Autant ne pas lui dire que c’est une association de soutien au peuple palestinien, ça ne ferait que l’énerver encore un peu plus et de ce fait, durcir le contrôle.

Début du contrôle au port d’Ashdod


Encore une demi-heure et le camion est à l’intérieur du port et finalement déchargé. Le chargement parti à 23h la veille aura mis presque 16 heures pour parcourir 80 kilomètres.
L’attente, encore et encore
Les chauffeurs qui devaient effectuer une deuxième livraison dans la journée décident finalement de rentrer, ayant pris trop de retard : « les livraisons à l’intérieur d’Israël sont très simples et très rapides, par contre, dès que le chargement vient de Cisjordanie où de Gaza, le calvaire commence ».
Il faudra 3 jours pour traverser la Méditerranée d’Ashdod à Marseille

A ce jour, le 26 avril, le container est bloqué au port d’Ashdod ; les douaniers israéliens y ont trouvé des cartes d’OCHA représentant l’évolution du mur et les implantations coloniales, ça ne leur a pas plus d’autant plus qu’elles n’étaient pas déclarées comme marchandise

Nous attendons le déblocage pour jeudi 1er mai et le montant d’une amende !


www.philistin.fr

Rédigé par Association Solidarité Forez Palestine

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