Trois films palestiniens à l'affiche

Publié le 17 Août 2009

Palestine Connection

dimanche 9 août 2009 - 14h:44* Info Palestine*
<http://www.info-palestine.net/article.php3?id_article=7096>

Renaud de Rochebrune - Jeune Afrique

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Trois films à l’affiche décrivent avec humour et dérision le quotidien
des territoires occupés. Et attestent de la vitalité du cinéma palestinien.
« C’est parce que la réalité est si dure que l’on a envie de s’évader
ou du moins de continuer à vivre comme si de rien n’était. C’est la
forme de résistance que les autorités israéliennes craignent le plus.»
Ces propos d’Elia Suleiman, le plus connu et talentueux des cinéastes
palestiniens, rendent bien compte de ce qui fait la valeur de son
dernier film,
Le Temps qui reste, présenté en compétition à Cannes en
mai dernier et qui sortira en août sur les écrans. D’autant qu’il
ajoutait, dans le même entretien publié dans les Cahiers du cinéma, que
« les soldats peuvent tout supporter, sauf le spectacle des occupés en
train de s’amuser ».

C’est en effet avec les armes de la dérision que l’auteur et acteur,
déjà célébré pour Chronique d’une disparition (1998) et Intervention divine (2002), évoque très librement, dans ce nouveau long-métrage, sa
propre histoire. Celle de sa famille à Nazareth depuis 1948, autrement
dit depuis le début de l’occupation israélienne de sa terre natale. Il
montre à travers des scènes dignes d’un Buster Keaton ou d’un Jacques
Tati, tournées souvent dans la maison familiale ou à la terrasse de son
bistrot habituel, comment cette occupation crée continuellement des
situations aussi insupportables que cocasses et absurdes. En recourant
ainsi à l’humour, il parvient à en dire plus sur la tragédie quotidienne
des Palestiniens que les reportages et autres documentaires. Surtout
quand il se met lui-même devant la caméra, avec son sens inné du
burlesque qui fait rire et frémir à la fois.


Avec un film apparemment de nature plus classique, plus linéaire, un
autre réalisateur palestinien de renom, Rashid Masharawi, démontre lui
aussi qu’un cinéaste engagé n’a pas besoin de se prendre au sérieux pour
transmettre efficacement son « message ». Dans L’Anniversaire de Leila, il raconte une journée dans la vie d’Abu Leila, un Palestinien,
juge de profession, littéralement obsédé par la loi et par l’ordre, qui
a dû se résigner - une fois rentré chez lui « pour aider à reconstruire
le pays » après les accords d’Oslo - à se reconvertir en chauffeur de
taxi faute d’un poste digne de ses compétences. Le soir même, il doit
fêter l’anniversaire de sa fille Leila, qui va avoir 7 ans. Pendant son
travail, il ne songe qu’à trouver le temps de chercher un cadeau pour
l’occasion et, surtout, l’après-midi venue, à calculer ses itinéraires
afin de ne pas rentrer en retard. Bien entendu, tout (les clients
récalcitrants ou aux demandes étonnantes, les déviations causées par des
attentats, les routes entravées par les check points israéliens, etc.)
se ligue contre lui pour rendre son modeste programme inapplicable.


Jouant également sur le dérisoire et l’absurde, Masharawi, de séquences
kafkaïennes en scènes désopilantes, montre lui aussi comment la vie d’un
Palestinien est rendue impossible par sa situation unique. Il faut au
quotidien faire face à la fois aux innombrables effets indirects de
l’occupation israélienne et à la désespérante administration tatillonne
du territoire par l’Autorité palestinienne. Comment peut-on alors s’en
sortir  ? Surtout quand, comme Abu Leila, on est soi-même incapable
d’accepter les inévitables compromis que cette double contrainte impose
à qui veut réaliser un quelconque projet personnel.

Ce mini-road movie doux-amer à travers la Cisjordanie occupée n’a sans
doute pas l’ampleur du très beau film de Suleiman, mais il confirme
encore, si nécessaire, le talent de Masharawi, observateur incisif du
vécu des Palestiniens qu’il partage depuis sa naissance dans un camp de
réfugiés à Gaza. Et sa sortie quasi simultanée avec Le Temps qui reste, qui suit d’ailleurs de près celle d’Amerrika (en salles depuis
le 17 juin) de l’Américano-Palestinienne Cherien Dabis, évoquant elle
aussi sur le ton de la tragi-comédie le sort de ses compatriotes des
territoires occupés, semble prouver la vitalité surprenante du cinéma
palestinien. Certes, cette conjonction frappante tient en grande partie
au hasard  : les deux réalisateurs palestiniens majeurs, Suleiman et
Masharawi, mettent en général au moins quatre ou cinq ans à réaliser
leurs longs-métrages. Mais quelle autre cinématographie du monde arabe
ou du Moyen-Orient - le cas particulier d’Israël étant mis à part - peut
bien nous proposer ces temps-ci plusieurs œuvres d’une telle qualité  ?


6 août 2009 Jeune Afrique
<http://www.jeuneafrique.com/Article/ARTJAJA2533p106-107.xml0/-cinema-Palestine-Elia-Suleiman-film-Palestine-Connection.html>

 

Rédigé par Association Solidarité Forez Palestine

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