Les pourparlers de paix s’embourbent mais les intentions d’Israël sont de plus en plus limpides.

Publié le 18 Avril 2014

Les pourparlers de paix s’embourbent mais les intentions d’Israël sont de plus en plus limpides.

Jonathan COOK

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Un Palestinien est kidnappé par les forces israéliennes dans la Vieille Ville de Jérusalem lors d’affrontements après un rassemblement à l’occasion de la Journée de la terre, le 29 Mars. Les manifestations annuelles marquent l’assassinat de six citoyens palestiniens aux mains de la police et des troupes israéliennes lors de manifestations de masse le 30 mars 1976 pour s’opposer aux plans de confiscation des terres arabes.

La semaine passée, Washington a connu une folle bousculade pour tenter d’empêcher ce qui semble inévitable : l’implosion des pourparlers de paix au Moyen-Orient. Dans un ultime effort pour dissuader Israël de renier sa promesse de libérer un dernier lot de prisonniers palestiniens, les Etats-Unis ont joué le plus gros atout qu’ils gardaient en réserve : la libération de l’espion israélien Jonathan Pollard.

Israël traînant toujours les pieds, le Président palestinien Mahmoud Abbas, furieux, a déposé des demandes d’adhésion à 15 conventions des Nations Unies, ranimant ainsi une campagne visant à obtenir une reconnaissance internationale de l’Etat palestinien.

Même si Washington continue tranquillement d’exercer ses pressions directes sur les deux parties, le Président Barack Obama serait inquiet de voir la diplomatie US commencer à se révéler « désespérée ».

L’échec des négociations pourrait devenir un moment de clarification signalant la fin effective de la solution à deux états. Les Etats-Unis et Israël sont devenus dépendants de l’interminable gesticulation théâtrale jouée depuis deux décennies sur la scène du processus de paix. Gel de la colonisation, libération de prisonniers, disputes sur l’aide financière à l’Autorité Palestinienne et, bien sûr, négociations sporadiques qui ont servi de diversions utiles aux principaux développements sur le terrain.

Comme le faisait remarquer la semaine dernière Bassem Khoury, ancien ministre de l’A.P. : « Israël n’a pas changé. C’est la même entité coloniale, poursuivant la même politique de nettoyage ethnique qu’elle pratique depuis des décennies ».

Richard Falk conclut de son mandat

C’est également la conclusion trop peu remarquée qu’a tirée Richard Falk le mois dernier, au terme de son mandat de rapporteur spécial de l’ONU, sur la situation des droits de l’homme dans les territoires palestiniens occupés .

Dans la ligne des avertissements qu’il lance depuis six ans depuis son poste onusien, M. Falk, professeur émérite de droit international à l’Université de Princeton, a dit que la politique israélienne vise au nettoyage ethnique des Palestiniens des territoires occupés, en particulier de Jérusalem-Est, capitale prévue pour tout état palestinien.

M. Falk notait qu’Israël a cyniquement exploité le processus de paix pour développer son programme de colonies, comme il l’a fait tout au long de ces neuf dernières années de pourparlers.

Lors de sa rencontre le mois dernier avec le Président Obama à la Maison Blanche, M. Abbas a dévoilé une carte montrant qu’Israël avait approuvé plus de 10.000 logements de colons depuis le début des négociations. Ce nombre n’a cessé de croître, Israël en annonçant 2.000 de plus, notamment 700 la semaine passée pour la colonie de Gilo à Jérusalem-Est.

Colonies = nettoyage ethnique

Pour chaque maison de colon construite, les Palestiniens perdent du territoire dont ils ont besoin non seulement pour un Etat mais aussi pour que les familles individuelles puissent rester vivre là où elles sont maintenant. Le terme innocent de « colonies » masque leur rôle véritable : le premier outil d’Israël pour nettoyer ethniquement des Palestiniens par la dépossession et le harcèlement.

Washington a salué le départ de M. Falk, le qualifiant de présence « néfaste ». Néanmoins ses mises en garde ont reçu bien des échos, notamment des organisations israéliennes et palestiniennes défendant les droits de l’homme.

Le nettoyage ethnique progresse de plus en plus à Jérusalem-Est

Les révélations de M. Falk ont aussi été confirmées par un groupe habituellement des plus circonspects : des diplomates de l’Union Européenne. Un rapport commun des consulats européens dans les territoires occupés - fuité - fait remarquer que le nettoyage ethnique progresse à une vitesse sans cesse croissante à Jérusalem-Est.
Le souci des diplomates est une « conflagration », puisque l’extrême droite israélienne bénéficie d’un accès toujours plus large au site excessivement sensible qu’est la mosquée Al Aqsa dans la Vieille Ville de Jérusalem.

Faisant pression pour obtenir le droit d’y prier, la droite israélienne espère qu’elle finira par emporter une autorisation gouvernementale de partition du site, comme c’est arrivé à la mosquée Ibrahim à Hébron, là où le contrôle par les colons a effectivement dégradé le centre naguère si prospère de Hébron en ville-fantôme palestinienne.

C’est à Jérusalem-Est que la politique de purification ethnique d’Israël est la plus intensive. Comme le notent les diplomates de l’UE, les Palestiniens se sont vu amputer de subventions municipales, priver d’écoles et empêchés de mener leurs activités commerciales : ils partent donc pour la meilleure sécurité des villes cisjordaniennes.

Ces dernières semaines les Palestiniens de plusieurs sections de Jérusalem-Est ont même découvert qu’Israël, tout en prétendant traiter Jérusalem comme sa « capitale unifiée », a cessé de les approvisionner en eau !

Les données officielles fournissent les indices des intentions réelles d’Israël. Les chiffres de ce premier trimestre montrent qu’Israël a vendu davantage de terres à des colons pour la construction de maisons qu’en Cisjordanie et à Jérusalem-Est qu’il ne l’a fait à l’intérieur d’Israël même.

Le budget des colonies a augmenté d’au moins 143 millions de dollars

La semaine dernière une commission de la Knesset a réussi à contrecarrer tous les efforts qui visaient à forcer le gouvernement à révéler combien il dépense pour la construction des colonies. Néanmoins, les parlementaires de gauche ont réussi à extraire une partie des chiffres de la trésorerie : ceux-ci prouvent que le budget des colonies a augmenté d’au moins 143 millions de dollars au cours des six derniers mois, et ce au plus fort des pourparlers avec les Palestiniens.

Autre signe de la manière dont Israël a implanté des colonies tout en faisant mine de discuter du processus de paix : les médias ont révélé que 24 projets d’infrastructure majeurs ont été approuvés pour la Cisjordanie. Ils comprennent plus de 57 millions de dollars pour construire de nouvelles routes réservées aux colons ainsi que la première ligne ferroviaire reliant les colonies à Israël.

La politique de spoliation israélienne ne se limite pas aux territoires occupés. Le plan du ministre des Affaires Etrangères Avigdor Lieberman pour redessiner les frontières, dans le but de dépouiller l’importante minorité palestinienne en Israël de sa citoyenneté a reçu un gros coup de pouce le mois dernier. Pour la première fois, les législateurs gouvernementaux ont rejeté l’opinion des experts en droit international et ont accordé leur bénédiction à ce que le quotidien libéral Haaretz appelle le programme de M. Lieberman de ’nettoyage ethnique’ de ses propres citoyens.

Si les négociations échouent, une chose devra être bien claire : alors que les deux parties étaient censées négocier, l’une des parties – Israël – s’employait intensivement et unilatéralement à faire avancer ses propres objectifs.

Il semble à présent que la direction palestinienne répondra sur le même mode, en avançant sa demande de statut d’État auprès de l’ONU. Israël n’a pas manqué d’annoncer des « mesures punitives », suggérant que les choses pourraient tourner encore plus mal. Mais l’ère des vœux pieux pourrait bien arriver à son terme – ce serait déjà un progrès en soi.

Jonathan Cook
http://www.jonathan-cook.net/2014-04-07/as-peace-talks-falter-israels-...

Jonathan Cook a remporté le Prix Spécial de journalisme Martha Gellhorn. Ses derniers livres sont Israel and the Clash of Civilisations : Iraq, Iran and the to Remake the Middle East (Pluto Press) et Disappearing Palestine : Israel’s Experiments in Human Despair (Zed Books). Voici l’adresse de son site : http://www.jkcook.net.

Traduction : Info-Palestine.eu - AMM

Rédigé par Association Solidarité Forez Palestine

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