Le meurtre gratuit d’un militant palestinien par des soldats israéliens : était-il passible de mort ?

Publié le 22 Mars 2014

Le meurtre gratuit d’un militant palestinien par des soldats israéliens : était-il passible de mort ?

P { margin-bottom: 0.21cm; direction: ltr; color: rgb(0, 0, 0); }P.western { font-family: "Times New Roman",serif; font-size: 12pt; }P.cjk { font-family: "Times New Roman",serif; font-size: 12pt; }P.ctl { font-family: "Times New Roman",serif; font-size: 12pt; }A:link { color: rgb(0, 0, 255); Une unité d’élite a abattu un militant palestinien en lui tirant dessus à bout portant des dizaines de fois. Il avait reçu une citation à comparaître et avait négligé de se présenter. Quelle devait être la peine?

De Amira Hass 3 mars 2014

Si la consigne était d’augmenter la pression, la prise de contrôle du village de Bir Zeit jeudi dernier par l’unité Yamam de contre-terrorisme et la brigade d’infanterie Nahal a sûrement été un pas dans la bonne direction. Les forces israéliennes ont tué Muataz Washaha, un militant de 24 ans du Front Populaire de Libération de la Palestine. Ses funérailles vendredi ont été bouillantes, de la lave bouillonnante, cherchant à jaillir d’une crevasse.

Si la consigne était d’embarrasser les dirigeants de l’Autorité Palestinienne et d’augmenter l’hostilité à leur égard, l’attaque –par 200 soldats, un officier du nom d’Alon des services de sécurité du Shin Bet, de dizaines de jeeps et deux bulldozers- a été incroyablement couronné de succès.

Les responsables de haut rang de l’AP ont eu la sagesse d’éviter les funérailles de masse, où le service de sécurité palestinien a poussé les cris de : « assez des traîtres », « assez des négociations », « assez de la coopération sécuritaire ». C’étaient quelques-uns des slogans les plus polis.

Les participants au cortège funéraire ont demandé : « où étaient les services de sécurité palestiniens quand l’ennemi a envahi notre village et a tué Washaha?» et «Combien de temps pour que les dirigeants palestiniens fassent des excuses pour leurs gains matériels personnels en échange de la préservation du statu quo ? »

Si le génie anonyme à l’origine de l’attaque voulait prouver que les Palestiniens –Musulmans et Chrétiens, religieux et laïcs- constituent tous un seul peuple sous la botte israélienne, il a réussi. La famille Washaha est une des six familles originelles de Bir Zeit. C’est l’une des deux familles fondatrices musulmanes ; les quatre autres sont chrétiennes.

Lors du cortège funéraire, qui est passé près des mosquées et des églises, il n’y avait pas moyen de dire qui était qui. Le cimetière où a été enterré Washaha est proche du centre de la vieille ville. La vieille maison de pierre de sa famille se situe là, preuve des racines profondes et de l’attachement naturel à cet endroit.

Si le brillant stratège à l’origine de l’opération avait l’intention de détruire, en cinq heures, les économies de la vie d’une famille de travailleurs palestiniens, accumulées au cours de 30 ou 40 ans, il devrait être redevable d’une approbation particulière. Quand le centre de l’ancien village est devenu surpeuplé, les familles, y compris les Washaha, ont construit des maisons sur leurs terres entourant le village.

La roquette anti-char de faible calibre, tirée par les héroïques soldats israéliens, a touché l’appartement de Tha’er Washaha , le frère de Muataz. Elle a tout détruit à l’intérieur. L’appartement était à un étage ajouté récemment à la petite maison que la famille a construite, il y a plusieurs décennies.

Un bulldozer de l’armée a abattu les murs que la roquette n’avait pas réussi à détruire. En allant vers la maison, le bulldozer a déraciné un arbre. Un second bulldozer a avancé vers la petite maison voisine où les parents des frères habitaient avec leurs autres enfants.

Protégé par de courageux soldats en armes, le bulldozer a pour la gloire de l’Etat d’Israël détruit les murs, alors que la famille était en train de regarder. Les nouveaux piliers de construction sur le toit montrent que Muataz Washaha était fiancé et avait commencé à construire sa demeure au-dessus de l’appartement de ses parents. Puis nos courageux soldats ont tiré des grenades sur la maison, qui l’ont incendiée et remplie de fumée.

Si nos excellents garçons voulaient prouver que les médias israéliens sont loyaux et dociles, ils peuvent aussi pointer cela sur une de leurs listes. Les porte-parole militaires ont décrit un « individu recherché qui s’était barricadé lui-même à l’intérieur », donc nous avons pensé qu’il avait construit une forteresse et s’était ceint d’explosifs.

Ceci est très inexact. Tha’er Washaha a déclaré à Haaretz qu’il avait imploré Alon, l’officier du Shin Bet qui avait arrêté Tha’er pour militantisme dans le passé, de pouvoir rentrer pour convaincre son frère de sortir. Alon a refusé. Leur mère a raconté aux journalistes qu’elle avait aussi demandé à Alon de pouvoir parler à son fils que cela lui avait été refusé.

« Les soldats sont entrés dans le bâtiment par la force et ont trouvé son corps » -cela était la ligne dictée par le Bureau du Porte-Parole des FDI. C’est un mensonge. Quand l’appartement a été incendié, des pompiers palestiniens se sont approchés de la maison, défiant les soldats qui ont essayé de leur bloquer le passage. Deux pompiers ont éteint les flammes de l’extérieur. Puis ils sont entrés, tandis que nos fusils étaient pointés sur eux –pour éteindre les flammes qu’ils ne pouvaient atteindre de l’extérieur.

Selon les pompiers, les soldats ont menacé de les abattre s’ils sortaient à trois au lieu de deux. Dans la maison, les pompiers ont trouvé Washaha sain de corps et d’esprit. Il leur a dit qu’il n’avait pas l’intention de quitter la maison quoi qu’il arrive.

Les pompiers sont partis et les soldats de Yamam sont entrés, habillés en noir, le visage masqué. Le quartier résonnait du bruit des tirs venant de l’intérieur de la maison.

Quand les hommes de Yamam, de Nahal et du Shin Bet se sont retirés, les membres de la famille se sont précipités dans la maison. L’unité d’élite de la police avait tiré des dizaines de fois à bout portant sur Washaha si l’on en juge par les fragments de cervelle qui jonchaient la pièce, sans mentionner les jambes, les bras et les doigts presque sectionnés du corps.

Il avait reçu du Shin Bet une citation à comparaître et avait négligé » de se présenter. un grave crime passible de mort ? Peut-être l’officier enquêteur avait-il été offensé ? Washaha avait préparé une attaque terroriste, déclarent les Israéliens. Selon le manuel de bonne conduite des médias israéliens, tout ce que disent les sources des services de sécurité israéliens est vrai.

Selon le code de loi non-officiel israélien, des « intentions terroristes » non prouvées suffisent pour être passible de mort. En hébreu, « attaque terroriste » est une phrase magique qui exempte les Israéliens d’avoir à se demander pourquoi une arrestation demande autant de soldats et de sonneries de trompette et se termine par une fin si meurtrière.

http://www.haaretz.com/news/diplomacy-defense/.premium-1.577477

(traduit de l’anglais par Y. Jardin)

Rédigé par Association Solidarité Forez Palestine

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